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Mimoune Chat

Message par Elie le Lun 8 Mar - 12:21

Mince alors ! Comment vais-je annoncer çà aux enfants ?
Quelle idée aussi d’avoir pris ce chat !
Je l’aimais bien Arthur, le chat noir. Mais, cette après-midi, j’avais dû le faire piquer chez le vétérinaire où je l’avais emmené...
J’ai toujours aimé les chats, je crois pour leur côté indépendant. Ils me semblent libres, détachés presque de tout.
Le chat Arthur, je suis allée le chercher à la S. P. A. de mon coin, un beau matin. Je n’avais rien dit aux enfants pour leur faire la surprise d’abord, et ensuite parce que je n’étais pas certaine de trouver LE chat qui me ferait craquer.

En arrivant au refuge de la S. P. A, je me souviens avoir eu un mouvement de recul... ce n’était pas comme çà que j’imaginais un tel endroit et les animaux enfermés dans les boxes avaient l’air tristes.
Je me suis dirigée vers l’accueil, qui était installé, pas mieux que les animaux, dans une baraque en tôle, au fond de la cour.
Il n’y fait pas très chaud et la dame de l’accueil a gardé son manteau. Elle me dit bonjour et me demande si elle peut faire quelque chose pour moi

- Bonjour ! oui je suis venue voir si vous aviez des bébés chat
- Des bébés absolument ?
- Et bien oui, je voudrais un petit chat, pour qu’il puisse s’habituer à nous
- Nous n’avons pas de petits mais si vous le souhaitez, vous pouvez aller voir dans la grande pièce là-bas. Nous avons de jeunes chats mais plus de chatons.
- D’accord, je vais voir.

Je m’avance vers la fameuse pièce et entre. Pouah quelle odeur !
La pièce est immense, avec un endroit légèrement surélevé. De larges étagères couvrent les murs sur toute la longueur. Par terre, des litières alignées, d’où provient l’odeur.
Il y a des chats partout. C’est impressionnant de voir cet alignement de chats sur les étagères...
Ils sont tous apparemment endormis et seuls quelques-uns daignent ouvrir un œil à peine curieux pour le refermer aussitôt.
Je ne sais pas où elle a vu de jeunes chats, mais ceux que je vois ne le sont pas. Ils ont l’air d’être largement adultes !
Je m’assois, un peu découragée, déçue, sur la marche de béton et je les regarde, un à un. Pas de coup de cœur !
Je reste ainsi quelques minutes, me disant que ce serait pour une autre fois, et que j’avais bien fait de ne pas en parler aux enfants...

Et Arthur est arrivé, sans bruit. Je ne l’ai même pas vu sauter de son étagère.

J’étais là, assise, à ruminer ma déception quand je l’ai senti à côté de moi. Il ne me regardait pas. Il était simplement venu s’asseoir à mes côtés, l’air un peu fier et dégagé.
Un gros chat noir. Tout noir.
Bon et bien ce n’est pas compliqué... C’est toi que je vais emmener avec moi !
Mais il me fait un peu peur et je n’ose pas le prendre dans mes bras pour dire à la personne de l’accueil que mon choix s’est fixé sur celui-là.
Je retourne à la réception et annonce que j’ai choisi un animal.

- Connaissez-vous les conditions ?
- Non, pas vraiment
- Et bien, vous devez payer la somme de 350 FR et vous vous engagez à le nourrir, le soigner, l’aimer. Nous faisons des contrôles réguliers dans les familles d’accueil et vous devez l’accepter.
- Ha bon ? Il faut payer pour prendre un chat ? Je pensais que c’était gratuit ?
- Justement madame, nous savons, par expérience que lorsque les gens ne paient pas, ils ne s’investissent pas autant.
- Est-il en bonne santé ?
- Oui madame ! Tous nos animaux le sont et les vaccinations sont à jour. Un vétérinaire de la société vous le confirmera dès que vous aurez signé les papiers d’adoption.
- Bon. Très bien. Je garde ce chat noir que j’ai vu tout à l’heure.
- Je vais vous le chercher.

Et elle revient, rapidement, avec le chat noir dans une boîte de transport bleue. Je vérifie qu’elle ne se soit pas trompée de chat et signe les papiers d’adoption, puis passe voir le vétérinaire, avant de quitter ce refuge, avec le chat, qui s’appelle Mozart.
Dans la voiture, je me demande ce que vont dire les enfants...
Bah ! je verrai bien !
Il a l’air calme ce chat. Durant tout le trajet je ne l’entends pas.
Arrivée à la maison, j’ouvre la boîte et le libère. Il ne me regarde toujours pas et je commence à me demander si j’ai bien fait...
Mais bon, il a pas l’air chiant pour un rond ce chat. Il fait un petit tour dans la pièce principale et va s’installer sur le canapé, qui me sert de lit, où il se couche.
Je file faire les quelques courses qui s’imposent avec ce nouveau compagnon et le retrouve au même endroit, une heure après.
Et bien il n’y a plus qu’à attendre les filles... Elles ne devraient pas tarder, il est bientôt 17 heures.
Je suis tout de même un peu inquiète de leur réaction...
Je m’inquiète pour rien... Elles sont ravies !

- Oh maman un chat ! Tu l’as eu où ?
- Il s’appelle comment ?

Je leur explique ma petite virée de l’après-midi et leur présente Mozart, qui ne daigne toujours pas faire acte de civilité. Il a l’air de s’en moquer lui de tout çà.

- C’est moche Mozart comme nom pour un chat dit la plus jeune...
- Exact confirme la seconde c’est nul !
- On peut lui donner un autre nom ? Dis maman ?
- Heu, et bien pourquoi pas ? Autant le faire maintenant ?

Et nous nous mettons à la recherche du nom de notre chat, pour tomber toutes trois d’accord sur Arthur. C’est décidé, Mozart est devenu Arthur !

Et Arthur a partagé notre vie, donnant quelques coups de griffes de temps en temps, mais semblant reconnaissant dans l’ensemble de l’avoir sorti de sa prison.

Il prit vite l’habitude de sortir toutes les nuits et il rentrait le matin, affamé et fatigué. Blessé parfois pour s’être battu avec d’autres chats.
Ses blessures s’infectaient la plupart du temps et j’étais obligée de l’emmener chez le vétérinaire régulièrement.
A chaque fois, piqûres d’antibiotiques, pommade, comprimés...
Il cicatrisait de plus en plus difficilement et cela me désolait de le voir ainsi.
Cela faisait plus d’un an qu’Arthur vivait avec nous quand je me décidais à demander au vétérinaire des examens plus poussés, pour comprendre de quoi ce chat pouvait être atteint.
En fait, il était atteint du sida des chats. Rien à faire pour le guérir.
Le vétérinaire me conseilla de le faire piquer, pour éviter plus de souffrance.

- Vous savez madame, il souffre...

J’ai pris cette décision rapidement. Oui c’est vrai que ce que l’on ne peut pas faire pour les hommes qui souffrent, on peut le faire pour les animaux. Je l’ai expliqué aux enfants et Arthur nous a quitté.
Mais fini les chats ou autre animal !!! Je n’en veux plus !

Ce ne sont que des animaux mais on s’y attache, on s’habitue à eux et quand ils ne sont plus là, ils vous manquent.

Evidemment que je préfère que ce soit un chat plutôt qu’un de mes enfants qui parte.. mais quand même, c’est dur.

Donc : terminé ! Plus d’animaux ici !

Les filles sont déçues. Elles aimeraient un autre chat. Pas question !
Trois mois plus tard, le téléphone sonne.

- Allô, oui ?
- Madame Viertain ? Bonjour, je suis le docteur Billon, vétérinaire et je vous appelle parce que j’ai un bébé chat noir à donner...
- Ho non !! Vous le savez je n’en veux plus !
- Ecoutez madame, je vous le montre et vous prendrez votre décision, d’accord ?

Hou je le vois venir lui avec ses gros sabots !

- Non je vous en prie n’insistez pas.

- Je pensais venir en allant voir des clients dans votre coin ?
Il insiste !!!
- Vous savez bien que personne ne veut d’un chat noir.. vous êtes la seule à qui j’ai pensé ! Il est mignon comme tout ! Je vous le montre ?

Bon ! Et bien qu’il me le montre ! Après tout ça ne m’engage à rien ?
Moins d’une heure plus tard, il frappe à la porte et me colle une petite chose noire entre les bras, me disant :

- Je repasse après mes visites !

Même pas le temps d’ouvrir la bouche pour lui répondre qu’il est déjà reparti !
Il est gonflé !
Le chaton ronronne comme une locomotive. Je le caresse spontanément, sans réfléchir. Il essaie de me grimper dans le cou, fouillant mes cheveux de son museau humide.
Il me chatouille et je le lui dis, le soulevant en l’air.
Bon sang qu’il est rigolo ce chat !
Je le pose par terre et le regarde. Il est tout en longueur, en peu efflanqué. Il me fait penser à un athlète, avec ses longues pattes !
Je n’aurais pas dû accepter de le voir... Je sens que je fonds doucement... Un sourire aux lèvres, je me dis :

- Tu t’es bien fait avoir ! Il te connaît bien le vétérinaire !

C’est vrai qu’il me plaît ce chat...
Quand les filles sont rentrées de l’école, ce jour-là, elles ont explosé de joie en voyant le chaton et il est resté chez nous.
Nous l’avons appelé Mimoune.
Les filles étaient ravies, le vétérinaire tout content, et moi, finalement pas mécontente du tout.
J’étais juste un peu ennuyée parce que je devais m’absenter pendant une quinzaine de jours pour aller à un stage sur Lille et que je ne savais pas ce que je ferais de ce chat pendant mon absence.
Les filles devaient aller chez leur père mais il n’aimait pas spécialement les chats. Il n’était donc pas question que je lui demande.
J’appelais le vétérinaire pour lui dire que je devais m’absenter dans trois jours.

- Aucun problème madame, je vous le garderai !
- Bon et bien c’est gentil à vous, merci. Je viendrai samedi matin.

Et voilà comme les choses s’arrangent. Remarquez, pour moi c’était normal que le vétérinaire me dépanne...
Mais Mimoune ne va pas bien. Il vomit et a la diarrhée. Je passe un coup de fil au vétérinaire qui me dit de le lui amener bien vite.

- Je le garde dans ma clinique. Ne vous inquiétez pas.

Je ne m’inquiète pas vraiment. Je suis juste ennuyée parce que ce petit chat est malade. Ca me fait penser à Arthur.
Je lui dis que je lui téléphonerai de Lille lundi en début d’après-midi pour prendre des nouvelles et je rentre à la maison.
Les filles sont tristes de voir que le petit Mimoune n’est pas avec moi.

- Vous savez, ça arrive que les bébés chats soient malades, c’est mieux que ce soit maintenant.
- Il va mourir maman ?
- Et bien je ne sais pas. Peut-être oui. Mais je vous le répète c’est mieux maintenant.

Avant de partir à mon stage, je prends des nouvelles.
Mimoune a été mis sous perfusion et le vétérinaire est inquiet. Je lui demande de ne pas tenter absolument de le sauver, craignant qu’il ne garde des séquelles mais le vétérinaire me répond qu’il fera tout son possible et qu’il prend à sa charge tous les frais.
Ce n’est pas qu’une question d’argent, même si ça compte quand même. Je le lui dis.

- Appelez moi lundi.

Les nouvelles ne sont pas meilleures le lundi. Je lui demande de le laisser mourir. Je ne comprends pas un tel acharnement mais il insiste à dire :

- Je vais le sauver ! Je vais le remettre en forme ! Appelez –moi en fin de semaine.

Mimoune est revenu chez nous trois semaines plus tard. Il semblait être tout fragile et parfois avait du mal à tenir sur ses pattes.
Il ne donnait pas l’impression d’en souffrir et était vraiment très attachant.
Les filles passaient de longs moments à jouer avec lui et je les entendais éclater de rire. Un vrai clown ce chat !
Quand je le regardais marcher, je le trouvais tout de même bizarre. Comme si son train arrière ne suivait pas. Il suffisait de le caresser alors qu’il était debout pour lui faire perdre l’équilibre.
Il a un problème ce chat !
Les filles aussi l’avaient remarqué.

- Tu as vu maman ? Il marche comme toi Mimoune !

Et elle trouvaient ça très drôle !

Il se trouve que je suis handicapée. Un problème neurologique qui fait que je ne marche plus normalement. Plus beaucoup d’équilibre et lorsque j’avance une jambe, et bien il est vrai que par moment, on a l’impression que je titube, que j’ai trop bu...
C’est vrai qu’il se déplace un peu comme moi le chat Mimoune. C’est marrant !

En tout cas, c’est vrai que ça n’a pas l’air de le déranger beaucoup. Il s’adapte très bien à cet handicap et trouve toujours à contourner les problèmes qu’il rencontre.
Il a du mal, par exemple à sauter ; et bien, il grimpe. Je l’ai vu un jour grimper après le crépi de la maison sur un bon mètre, en s’accrochant avec ses griffes des pattes avant, pour aller choper une mouche...

J’étais impressionnée !

Une autre fois, il a ramené un pigeon à la maison... Comment il a réussi, je ne sais pas mais il l’a fait et était très fier de lui !!

J’ai confisqué le pigeon illico et l’ai remis en liberté, sous le regard courroucé du sieur Mimoune, qui, s’il n’a pas toutes ses fonctions motrices intactes, sait par contre très bien utiliser celles qui lui restent...

De le regarder s’adapter, de l’observer a été enrichissant pour moi qui vivait aussi des problèmes de motricité... et j’ai piqué quelques ruses de Mimoune, tout en gardant la bonne vieille tapette pour choper les mouches !
Je me voyais tout de même mal à grimper sur le crépi...

Aujourd’hui, cinq ans après son arrivée chez nous, le chat Mimoune est toujours là, de plus en plus tremblant sur ses pattes...

A plusieurs reprises, j’ai bien cru qu’il allait nous quitter... Par période, il maigrit énormément, tombe souvent, mange moins...
Ca dure quelques jours, je commence à dire aux filles que je crains qu’il n’aille plus mal, et puis il se retape et il repart pour un tour, jusqu’à la prochaine, jusqu’à la dernière.

Je le sais.

Je suis persuadée qu’il est atteint d’un truc neurologique. Pas parce que je suis moi-même atteinte, mais parce que je le reconnais dans sa démarche.

Et souvent je me surprends à penser que nous les hommes, on se complique bien la vie à penser, à analyser, à comprendre, à refuser...
C’est un peu comme si le chat Mimoune me disait, en clin d’œil :

- Et bien quoi tu es handicapée ?
- Pas grave, ça ne t’empêche pas de vivre si tu veux vivre
- Te poses donc pas tant de questions, profites !!!
- Ne sois pas bête…

Et moi j’entends...

- Enfin, sois-le quand même un peu... Bête !

Elie
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Bouclette...

Message par denisollier le Ven 26 Mar - 22:21

Bouclette…


1980


Charleville- Mézières - Cannes, c’est la ligne infernale que je prends assez régulièrement les vendredi soir depuis que je fais mon service militaire. Un train rempli de bidasses qui pue la bière et le tabac froid…un voyage « éternité » car bien entendu les couchettes ou lignes TGV sont hors de moyen pour ma solde de misère…


J’ai enfin pu m’allonger sur la banquette du train après Marseille… et je m’endors enfin.
J’entends un peu dans mes rêves entrer quelqu’un dans le compartiment, mais c’est le dernier de mes soucis… je suis plus que naze….

Quand j’ouvre les yeux, j’aperçois des bas sur une cheville fine et des pieds à demi déchaussés qui jouent avec des escarpins. En remontant mon regard, si il était moins embué je découvrirais une jolie robe « année 30 » fendue juste ce qu’il faut pour être sexy sans indécence, et une veste de tailleur assortie sur un chemisier à galon brodé …

Toutes mes hormones mâles « tiltent » déjà et m’avertissent qu’il y a là de quoi calmer toutes les ardeurs de mes 20 piges … mais je suis trop dans le cirage… et le sommeil m’anesthésie encore…

Elle me regarde tranquillement, et profitant un peu de la situation, elle sourit. Sourire amusé, certes mais surtout un peu moqueur . Elle est belle comme un cœur, un visage de poupée porcelaine avec des bouclettes brunes qui tourbillonnent dans tous les sens…

Je ne suis vraiment pas à mon avantage… ma chemise est froissée et mon rasage qui date de la veille doit me donner un air de bandit corse…

Je reprends une position plus civile, m’assoit et dit bonjour du mieux que je peux…je n’ai vraiment pas l’air malin…

« Vous devez être parfaitement innocent pour dormir aussi paisiblement » me dit-elle…et elle ponctue sa phrase d’un rire cristallin qui m’enfonce un peu plus…

J’essaie de tenir une conversation acceptable, mais mes capacités du matin ne font pas un pli face à sa vivacité certaine… tous mes propos sont gentiment chahutés … je frise le ridicule…

Elle est plus âgée que moi, proche des 30 ans. Sûre d’elle . working self woman … ça se sent…

Elle sort un paquet de cigarettes, m’en propose une. Je la prends, la mets entre mes lèvres et elle m’offre du feu… flamme un peu au dessus … ce qui m’oblige à lever le menton… j’ai l’impression d’être une midinette… j’aspire … bouffée de tabac blond mentholé ( je déteste le menthol) …ça me donne un début de nausée… je tousse … je deviens un peu pâle…

« C’est la première fois que vous fumez ? »

Je suis encore bien trop jeune pour savoir rire de moi-même… je fronce un peu les sourcils… et elle rit encore plus …

Je ravale toute ma fierté de coq et lui demande quelle est sa destination…d’un air aussi détaché que je peux…

Elle me répond : « Menton… et vous ? » avec toujours ce regard rieur… qui me lamine involontairement…

Du fin fond de moi remontent tous mes facteurs de « survie »… ma pensée s’éveille en une seconde … je balance mon sourire Jessy James …..

Je la fixe…

Et je réponds…

« Normalement je descends à Cannes … mais je crois que j’ai deux ou trois choses importantes à faire à Menton aujourd’hui…avec VOUS »…

Et du bout de l’index je suis la forme hélicoïdale de la bouclette qui tombe sur sa joue…

Et je ris…sur la culbute des rôles…

Bingo ?....

denis

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DEMAIN TOUT RECOMMENCERA

Message par Danie le Sam 21 Aoû - 23:49



Il avait pris soin de garer sa voiture en retrait du grand portail en fer forgé blanc. Il était là depuis un peu plus de deux heures espérant l'apercevoir, la place entourée de villas était déserte ... très peu de véhicules stationnés . Il balaya du regard l'endroit qui l'entourait, se dit que le calme qui règnait ici le changeait de la cohue parisienne....
Il avait roulé toute la nuit sans dormir et la fatigue commençait à se faire sentir."surtout ne pas dormir .... dit-il à mi-voix

Il avait pensé ce voyage, avec des moments d'hésitation et des moments d'espoir, comment allait-elle réagir ? il n'y avait rien entre eux, seulement des non dits, des allusions... et le sentiment d'être aimé...

Aimé ? le doute s'empara à nouveau de lui. Comment pourrait-elle m'aimer ? elle ne m'a jamais vu, peut-on aimer quelqu'un que l'on ne connait pas ?

C'est vrai qu'ils échangeaient souvent via internet, mais rien n'était dit, si ce n'est des conversations somme toute banales sur msn sans webcam l'un et l'autre s'y refusaient, il ne connaissait d'elle que l'avatar de son blog et il lui avait dit un jour qu'il la trouvait jolie . Elle s'était empressée de répondre que la photo l'avantageait et lui avait avoué qu'elle n'était plus une jeune femme.

Chacun s'était habitué à ces rendez-vous quotidiens. Chaque matin il attendait impatiemment que la petite fenêtre surgisse lui apportant l'image aimée.

Il se demandait quelle folie avait fait qu'il se trouvait aujourd'hui à 50 mètres de sa maison, si près d'elle...
...

Comme à son habitude elle était levée depuis longtemps et pianotait sur son clavier, les mots étaient dociles, ils se plaçaient sur l'écran sans effort, sans qu'elle ait besoin de réfléchir, ses états d'âmes y étaient pour quelque chose la mélancolie est une inspiratrice... trois jours sans lui, trois longs jours sans que son nom s'inscrive sur l'écran, sans que la petite fenêtre surgisse faisant apparaître le visage espéré.

L'idée qu'elle ne le verrai plus vint l'effleurer, mais elle la chassa très vite... elle attendit encore une vingtaine de minutes... la fenêtre restait muette, elle se leva et descendit, se dirigeant vers la véranda pour aller arroser les fleurs du jardin.
...

Il était à deux doigts de s'endormir, ses yeux se fermaient malgré lui, il allait céder à ce sommeil quand il l'aperçu...

Elle venait de sortir de la véranda et s'arrêta devant un massif de fleurs, se baissa pour enlever quelques fleurs fânées, elle fit le tour des plantations, puis alla chercher le long tuyau qu'elle déroula. Elle s'arrêta quelques secondes, et son regard sembla se diriger vers sa voiture, instinctivement il se baissa afin qu'elle ne le vit pas ...
Elle se mit à arroser...

Il ne la quittait pas des yeux ... il aimait sa façon de marcher, de bouger... elle était plus petite qu'il ne s'était imaginé mais cela lui allait bien. Il aima aussi la façon dont elle secoua la tête pour remettre sa frange dérangée par le vent, en place.

Elle rangea le tuyau d'arrosage, verifia que la coupelle accrochée à l'olivier contenait encore assez de graines pour les oiseaux et retourna dans la maison intriguée par cette ombre qu'elle avait aperçu assise dans cette voiture qu'elle ne connaissait pas...

Il était encore tôt, elle monta à l'étage et regarda si le signal lui annonçant une conversation msn était allumé mais il n'en n'était rien.

Elle entra dans la salle de bain , se regarda dans le miroir, et se trouva moche avec ses cernes sous les yeux et ses rides un peu trop marquées.

Elle fit tomber son peignoir léger et s'enferma dans la douche. Elle laissa couler l'eau sur elle pendant de nombreuses minutes, cela lui faisait du bien, la lavait de son mal-être.

Elle apprécia le parfum de son nouveau gel douche.

Après s'être légèrement maquillée pour avoir une mine plus lumineuse elle enfila un pantalon beige et la tunique blanche allant avec. Elle brossa ses cheveux et retourna devant son ordinateur.

...

Il décida de sortir de la voiture et fit quelques pas en direction de la maison, il remonta la rue , contourna le massif de lauriers roses et redescendit lentement. Le grand portail s'ouvrit au moment où il allait passer et il l'aperçu au volant de sa petite citroën. Il resta figé....

Elle tourna les yeux vers lui et son coeur s'arrêta de battre ....
....

Ils restèrent un long moment ainsi à se regarder sans parler tant leur émotion était grande. Elle ouvrit la portière et sans un mot il vint s'asseoir près d'elle. Il se passa quelques minutes avant que la voiture ne redémarre.

Il ne la quittait pas des yeux... il regardait son profil qu'il avait si souvent vu en photo, c'était bien elle, il ne rêvait pas, il remarqua ses mains qui tremblaient légèrement. Elle n'avait pas dit un mot mais elle sentait les yeux posés sur elle, elle était au bord de l'évanouissement. La voiture les mena au bord du Lac, à 2 km de la villa.

Elle arrêta le moteur et le regarda enfin ... Ses yeux parcouraient son visage, s'attardant à chaque endroit , il était comme elle savait, comme elle l'aimait.... son coeur battait la chamade mais elle savait qu'elle ne devait pas s'abandonner à son émotion.

Quand il lui prit la main pour y déposer un baiser, elle frissonna son coeur lui faisait mal à force de s'emballer ...

- Je n'ai pas pu résister à l'envie de te voir, de t'avoir près de moi lui dit-il

- elle baissa les yeux et se dit qu'il devait être bien déçu de la voir telle qu'elle est réellement, les photos ne montrent pas toujours les défauts du visage, elle pensa à ses rides naissantes et se sentit très vieille tout à coup...il pourrait être mon fils se dit-elle....et soudain elle eut honte.

Sentiment inconnu pour elle jusqu'à maintenant, car devant son clavier l'âge n'existait pas, elle se sentait si jeune...

Comme s'il avait entendu ses pensées il lui dit doucement :" Tu es comme j'imaginais ... tu es toi et j'aime ce que tu es.

L'amour qu'elle éprouvait pour lui depuis plusieurs mois, était un amour tendre un amour pur, elle n'avait jamais imaginé une relation autre que celle de la tendresse , elle n'avait envie que d'une chose, le protéger d'un danger qu'elle sentait plâner sur lui... elle lui caressa doucement le visage, renversant la tête en arrière, il ferma les yeux.... doucement elle lui déposa un baiser sur les paupières et sur ses joues en prenant bien soin d'éviter ses lèvres.

La tendresse l'envahissait ...elle savait depuis toujours qu'il n'y aurait jamais de sexe entre eux .

Elle posa sa tête sur son épaule, et à son tour ferma les yeux, il passa son bras autour de ses épaules, lui caressa les cheveux, et avec son index tendrement redessina son profil...

Ils passèrent la journée à s'émerveiller de tout, de la magie d'internet de la magie de la vie , il lui dit que la vie était peut-être magique mais cruelle aussi de les avoir fait se rencontrer si tard ...

"Non, lui répondit-elle la vie n'est pas cruelle elle m'a fait un merveilleux cadeau ... toi ! elle m'a appris aussi que l'amour frappe à n'importe quelle heure... Notre rencontre est une belle histoire d'amour qui restera à jamais dans mon coeur . Elle lui parla encore du grand amour qui la liait à son mari depuis tant d'années... et lui dit qu'elle le rangerait tout à côté de lui, elle lui dit aussi en riant que dans son coeur il y a de la place pour un amour et un beau rêve ....

Ils se promirent de continuer leurs rendez-vous sur internet et elle lui murmura qu'il ferait à tout jamais partie de sa vie, qu'il resterait son tendre amour, son doux secret .... Même lorsqu'il l'aura oubliée.

Elle le regarda partir, il la vit disparaître dans le rétroviseur... elle n'était pas triste, elle savait que demain tout recommencerait.

Danielle DOUCET Copyrigth

Danie
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Récit d'une vie

Message par Vaga55 le Mar 7 Sep - 18:10

Voilà ma nouvelle qui m'a faite gagner un concours !
J'ai relis, corrigé les plus grosses fautes ! (du moins j'espère)

Bonne lecture, j'espère que ça vous plaira !



Une nouvelle tentative. Tay avant besoin d’histoires pour cet article. Il lui fallait absolument entrer ici. Ici ? Une maison de retraite. Tay était tout simplement un étudiant employé à mi-temps pour un grand journal. Son patron lui avait demandé des récits de personnes, pour un site internet. Ce site rassemblait des mémoires de personnes âgées, n’ayant personne à qui transmettre les souvenirs de leur vie.

Tay respira un bon coup, et passa le porche de la porte principale. L’employé à l’accueil leva les yeux vers le jeune homme, puis soupira.

- Jeune homme, arrêtez d’importuner nos pensionnaires !
- Madame, j’ai absolument besoin de parler à ces gens. S’il vous plait !
- Sortez ! Trouvez une autre maison de retraite, et laissez nos pensionnaires en paix !

Tay soupira, et s’apprêtai à sortir, lorsqu’un vieux monsieur avec une canne s’approcha.

- Hey, petit. Viens voir ici. J’accepte, moi.

L’employé à l’accueil se leva, et s’approche du vieillard.

- Monsieur Guérin, pourquoi vous ne jouez pas au bingo avec les autres pensionnaires ?
- Lâche moi, toi. J’en ai ma claque de jouer au bingo avec des vieux séniles. Moi, j’ai encore toute ma tête, et ce jeu me gonfle !
- Monsieur Guérin, surveillez votre langage !

Le vieux monsieur ignora l’employé et fit signe à Tay de s’approcher.

- Aller gamin, viens avec moi.

Le vieillard entraîna Tay dans les couloirs froid et triste de la maison de retraite. Il s’arrêta devant une porte, et entra. Tay le suivit.

Monsieur Guérin assis sur le canapé, et Tay assis sur un fauteuil à côté, ils allaient commencer.

- Alors, gamin, que veux-tu savoir ?
- Déjà … Votre date de naissance, s’il vous plait.
- 1923. J’viens de fêter mes 87 ans. Ensuite ?
- Et bien … Racontez moi votre vie, les évènements qui vous ont marqué.
- Oh … Ce qui m’a marqué ?

Le vieillard s’enfonça dans son fauteuil, respira fort, alluma sa pipe et regarda Tay droit dans les yeux.

- As-tu travaillé sur la 2em guerre mondiale, gamin ?
- Oui monsieur.
- Et bien, j’espère que tu as le cœur bien accroché …

Et voici ce que raconta le vieillard :

En 1939, si tu fais le calcul, j’avais tout juste 16 ans. Ah … 16 ans, le bel âge ! Je n’ai pas eu une enfance difficile. Mon père avait un post assez haut placé en politique, ce qui m’a permis d’échapper à la guerre. Je m’amusais, vivais une existence tranquille, pendant que mes camarades de classe du même âge que moi se faisait tuer à la guerre ! J’étais un jeune insouciant, qui passais son temps à faire la cours aux jolies filles dans les cafés et les bars !

A l’âge de 19 ans, en 1942 donc, tout a basculé. J’avais déjà eu bon nombre de conquête, mais ce jour là … Je m’en souviendrais toute ma vie. Le 23 janvier. Elle est entré dans le café. Grande, mince, une magnifique chevelure noir comme l’ébène ondulant jusqu’au milieu de son dos, des lèvres roses. Elle était magnifique. Miranda Dubois, elle s’appelait … Je l’ai abordé, on a discuté pendant des heures. Elle aimait la philosophie, elle avait lue Platon, Socrate, Aristote. Sa passion était la littérature. En l’écoutant parler, j’étais pendu à ses lèvres. Elle me transportait aux quatre coins de la Grèce antique avec sa mythologie. Cette jeune femme de 18 ans était pour moi, extraordinaire.

On est vite devenu proche. Mais juste amis. Elle me confiait des tas de choses, mais pas ce pourquoi, cette raison pour laquelle elle avait peur de s’engager, d’aimer. Je respectais cela, et j’attendais patiemment, gardant pour moi cet amour si fort.

Cette amitié, elle dura un an. Un an pendant lequel je l’avais admiré, écouté, conseillé, sans avoir essayé de violer son choix de ne pas s’engager. On s’adorai mutuellement, et je pensai que rien ne pouvais mettre fin à ça, loin de la guerre, de la tristesse. J’étais loin de la vérité.

Un jour, j’allais chez elle pour notre rendez-vous quotidien. Ce jour, le 15 mars 1943. Jamais je ne l’oublierai. Ses parents étaient habitué à me voir entrer sans frapper, je faisais comme partie de la famille. La porte était ouverte, j’entrai. Je l’ai appelé, je l’ai cherché. Je ne l’ai pas trouvé. La seule chose que j’ai trouvé, c’est une lettre avec un collier. Sur son bureau, dans sa chambre. Le collier était une petite chaine en or, avec un pendentif en forme de cœur. Elle m’avait déjà parlé de ce pendentif. Elle l’aimait beaucoup, c’était un cadeau de son père pour ses 12 ans, il avait une grande valeur sentiment pour elle. Je l’ouvris, dedans il n’y avait plus la photo de sa famille … Mais elle, juste elle. Une magnifique photo en noir et blanc. Sur la lettre, je reconnu sa signature, son écriture. Mon nom était écrit sur l’enveloppe.

Je me souviens encore … Je me suis appuyé sur le bureau, et ai commencé à la lire. Au fur et à mesure que je lisais, je sentais les larmes monter, puis couler sur mes joues. Je m’assis sur la chaise, et j’ai pleuré. J’ai pleuré pendant des heures. Cette lettre, je ne m’en souviens pas exactement, je ne l’ai plus, mais l’essentiel est resté gravé … Elle écrivait qu’elle ne voulait pas s’engager car … Elle savait qu’elle n’avait pas longtemps à vivre. Non, elle n’était pas malade. Elle était … Juive. Contre une grosse somme, leur voisin les avaient dénoncé. Elle s’était enfuie vers le sud, mais ne disais pas où elle allait.

Après avoir pleuré comme une fiotte pendant une bonne demi heure, je me suis relevé et j’me suis dit : « Merde Oscar, t’es un homme ! Tu l’aimes cette fille ! ». Ni une, ni deux, je suis rentré chez moi, ai préparé quelques affaires, pris ma voiture, et est partit vers le sud. Miranda m’avait parfois parlé d’une tante à elle qui vivant près de Toulon. C’est la direction que je pris.

Je ne sais combien de temps dura le voyage. Ce que je sais, c’est que j’avais claqué tout mon frique, et que j’avais dû faire les derniers kilomètres en stop, car ma voiture était tombée en panne.

Le panneau du petit village, qui n’existe plus à présent, était devant moi. J’ai fais le tour du village, regardé tous les noms sur les boîtes aux lettres, et j’ai trouvé une maison au nom de Dubois. J’ai frappé, une vieille dame m’a ouvert la porte.

- Oui jeune homme, c’est pour ?
- Je … Je cherche Miranda. Miranda Dubois.
- Qui êtes vous ?
- Oscar Guérin.

La vielle dame referma la porte. J’ai entendu des voix à l’intérieur. Puis la porte s’est ré-ouverte. Miranda était là, souriante, magnifique. Elle m’a sautée au cou.

- Oscar ! Qu’Est-ce qui t’as pris de venir jusqu’ici ?

On est entré, elle m’a conduit sans sa chambre où nous avons beaucoup parlé. Ce jour là, je lui ai dit que je l’aimais. Elle ne paraissait pas surprise. Elle m’a enlacé, et m’a embrassé, en me disant qu’elle aussi, elle m’aimait.

Les six mois qui ont suivis étaient vraiment magique. Dans ce tranquille petit village, on pensait que rien ne pouvaient nous arriver. Le soir je m’endormais à ses côtés, pouvant caresser son magnifique corps nu. La journée je pouvais profiter de ses tendres baisers et caresses. Le matin je me réveillai à ses côtés. Elle était tout pour moi. Ma déesse, ma raison de vivre. J’étais heureux ; nous étions heureux.

Mais notre petit paradis s’écroula. Un matin, on dormait encore tranquillement, quand on a entendu des cris. Moi, je ne compris pas tout de suite. Elle, en revanche, avait très bien saisit. Elle s’est levé, encore en sous vêtements, m’a donné mes affaires, et m’a ordonné de sortir par la fenêtre. J’étais encore dans le brouillard, j’ai pas compris pourquoi. J’ai obéis. Mais j’aurais jamais dû … J’ai beaucoup regretté ce geste … Après être sortit par la fenêtre, je suis descendu du mieux que j’ai pus en me tenant à la gouttière, je n’étais pas très gros, à l’époque. Après avoir atteint la terre ferme, j’ai vite remis mon pantalon et ma chemise, et je me suis caché près de la porte d’entrée. Une camionnette était garée sur la place, avec déjà une dizaine de personnes à l’intérieur. Beaucoup de gens hurlaient, pleuraient, suppliaient les hommes qui enlevaient toutes ces personnes, qui restaient impassible. Ils étaient violents, avec un sang froid inimaginable.

Je les ais vu frapper des femmes, tuer des enfants, torturer des hommes. C’était une vrai vision d’horreur. J’ai entendu des cris venant de la chambre de Miranda. Je me suis précipité à l’intérieur, poussant au passage des hommes qui tentaient de m’arrêter. En entrant, j’ai eu une vision d’horreur. En entrant, le monde s’écroula autour de moi. En entrant, je les ais vu … Deux hommes étaient en train de la violer. Ils violaient Miranda, qui hurlait. Un troisième homme regardait, et riait. J’ai n’ai pas eu le temps de réagir que les hommes que j’ai poussé en entrant ont déboulés dans la chambre et m’ont sortis de la maison avec violence. Allongé par terre, ils m’ont frappés. Encore et encore … Je pleurai, je hurlai. Je hurlai le prénom de Miranda. Après qu’ils se soient déchaînés, ils m’ont laissé agoniser, pensant que j’allais mourir. J’ai vu les trois hommes sortir avec Miranda. Ils l’ont mise dans la camionnette avec les autres, et sont partis …

Je me suis évanoui, puis je n’ai plus eu aucun souvenirs des trois semaines qui ont suivies. Je me suis réveillé dans une maison inconnue, devant des gens inconnus. Mais ces gens au bon cœur m’avait soigné, avait pris grand soin de moi. Je les ai remercié de mille façon possible. Ils avaient été de vrais ange gardien.
Mais je souffrais trop, il fallait que je parte. Pas une douleur physique, mais une douleur bien plus profonde. Je pensai sans arrêt à Miranda. Elle et toujours Elle. Elle était dans ma tête sans cesse. Dans mes pensées, mes songes. Elle me hantai.

Je suis revenu à Paris. Je me suis engagé dans l’armée, malgré l’interdiction de mon père. Quelques jours plus tard, je faisais parti d’une équipe chargée de libérer des prisonnier juifs, en Allemagne. A cette époque, nous ne savions pas trop ce qu’il se passait dans ces camps, évidemment.

Je n’ai pas trouvé Miranda dans ce camp, heureusement. Mais les choses que j’ai vu … Jamais je ne pourrais effacer ces horribles images de ma tête. D’immense fausse où gisaient des milliers de cadavres, une odeur immonde infectai tous le camp. Les personnes vivantes que nous avons vus, étaient maigre, très maigre. Elles avaient la peau sur les os. Dans les « dortoirs » qu’ils avaient, certaines personnes avaient l’air de dormir, mais étaient mortes. Des hommes, des femmes, des enfants, des bébés, des jeunes, des vieux, ils ne faisaient aucune différence. C’était vraiment horrible.

Dans les fausses qui n’étaient pas encore recouverte de terre, on pouvait voir des cadavres totalement démembrés, en pleine moisissure. J’ai même cru voir une personne bouger. Apparemment, des fois ils pensaient que des personnes étaient mortes, mais ne l’était en fait pas, et les jetaient là dedans. Du sang, beaucoup de sang. L’enfer sur terre.
Les personnes encore vivantes … Des squelettes, avec de la peau. On aurait dit qu’elles n’avaient plus de muscles et de chair. Dans leurs « dortoirs », ils étaient quasiment empilés les uns sur les autres.
Je te passerais les détails, car certains sont vraiment affreux.
Et leur méthodes pour tuer … Du gaz, du feu, des balles, enterrés vifs … Une abomination. Comment un être humain pouvait-il être traité de la sorte ?

Un de mes compagnon soldat s’était évanoui, un autre avait vomit. Nous ne nous attendions pas du tout à cela en pensant à un camp de prisonnier. Quelques un de mes camarades ont eu un suivit psychiatrique quelques mois en suite.
Malheureusement, ne nous attendant pas à un camp si immense et si bien gardé, nous n’avons pus les sauver.

De retour à Paris, je plongeai dans une grande déprime. Je pensais à Miranda, je pleurai jour et nuit. Je priai pour qu’ils ne la fasse pas trop fait souffrir, qu’elle ai une mort rapide. C’était la meilleure chose qu’il pouvait lui arriver, peut importe où elle se trouvai …

Souvent, je repense à elle… Je regarde des photos d’elle … Je me dis que peut être elle y a échappé, sans y croire vraiment. Je rêve d’elle, je pense à elle. Les médecins me croient fous, lorsque je leur dit qu’elle vient me voir en rêve. Mais j’en suis sûr, c’est vraiment elle ! Et un jour, quand je mourrai, on sera de nouveau ensemble. Oui, ensemble pour toujours …






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L’exilée de la clairière

Message par plumovan le Mer 7 Sep - 21:13

Le soleil rosissait les cimes quand elle s’engageait dans le petit sentier conduisant à la rivière et c’est ainsi que la journée commençait pour elle. Arrivée près du pont de pierre à l’arche délabrée, la rivière formait un bassin dans lequel elle aimait se plonger. Après quoi, elle suivait le petit torrent et allait remplir ses seaux. Elle remontait alors à sa cabane, allumait un petit brasier et se préparait un semblant de repas. Des herbes de toutes sortes étaient suspendues.
Depuis quand habitait-elle dans cette clairière perdue ? Trois mois, un semestre, des années ? Elle ne savait plus elle-même. Elle se sentait dans son élément au milieu de la forêt. Elle vivait le plus simplement du monde et le temps s’écoulait sans heurt. Attentive au bruissement des arbres, elle se coulait dans la lumière et suivait les insectes. Elle humait l’air, reconnaissant au passage les fraises des bois, les fourmis, toutes ces merveilles qui constituaient son monde familier.
De temps à autre, elle recevait la visite d’un homme de la vallée qui gravissait le sentier et lui apportait des produits frais, mais aussi quelques conserves. Il n’était jamais avare de bonnes choses. Seulement de paroles. Un geste de la main, il réajustait sa casquette, puis il repartait. Cet échange leur suffisait. Parfois elle se surprenait à chantonner en rentrant dans sa cabane.
C’était en fait une bergerie désaffectée qu’elle avait restaurée. Patiemment, au fil du temps. Elle avait même semé le pourtour de fleurs variées. Ses mains avaient tant découpé de bois, ajusté de pierres et colmaté d’orifices qu’elles étaient devenues robustes et rugueuses.
Avant pourtant… Elle revoyait ces doigts courir sur le clavier, effleurer les touches, hésiter, repartir. C’était avant. Par flash, l’image lui revient du soir où, devant un public émerveillé, elle s’était brusquement interrompue. Incapable d’aller plus loin. Les auditeurs s’étaient regardés surpris. Que se passait-il ? Un malaise ? Elle avait ressenti subitement le poids de cette vie réglée comme du papier à musique. Elle n’avait qu’une envie : tout plaquer et réaliser son rêve, s’exiler dans cette forêt qui depuis l’enfance la ravissait. La vie avait-elle un sens, maintenant qu’elle avait perdu son amour, fauché sur sa moto ?
Et c’est ainsi qu’elle avait pris le chemin de la montagne sans jamais se retourner jusqu’à se fondre dans cette nature.

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Un cric dans le désert

Message par plumovan le Dim 11 Sep - 2:16

Il marchait sur la route poudreuse et interminable. Il en avait assez ! Le soleil déjà haut se faisait de plus en plus ardent.Lui qui, depuis toujours, n’aspirait qu’à une vie tranquille et bien réglée, pourquoi fallait-il que sa femme le plonge systématiquement dans des situations invraisemblables ?

Au lieu de se contenter de la jolie route qui surplombe la mer, ils avaient poussé l’exploration sur un chemin de terre qui sinuait en contrebas avant de disparaître, conduisant à une crique improbable. Et voilà qu’ils venaient de crever en rase campagne, la roue de secours était dégonflée et, de toute évidence, elle avait oublié le cric dans un coin du garage.

Elle s’était proposée pour partir en éclaireuse jusqu’à la pointe voisine et, de retour, lui avait assuré qu’elle avait vu une maison se profiler au loin. Ils pourraient certainement demander du secours. Puis, comme toujours, elle l’avait désigné « volontaire ». Il avait donc laissé sa femme près du véhicule, inutile de faire la route à deux et mieux valait que l’un d’eux reste sur place. Sait-on jamais ?

Non, il en avait assez ! Chaque fois le même cinéma. Elle avait le don de reprendre ses yeux innocents et son sourire à fossettes. Il se laissait désarmer comme aux premiers jours. Mais cela ne pouvait plus durer, non, on ne l’y prendrait plus.
Il avançait et, à chaque pas, la terre poudreuse collait dans ses sandales, entre ses orteils. Le soleil était devenu cuisant pour son crâne dégarni, la sueur perlait de son front. Et pas le moindre filet d’eau pour humecter son gosier desséché. A gauche le maquis, des buissons plus grands, des buissons plus petits. A droite, des bouquets de pins d’où montait le chant des cigales. A travers les arbres, on apercevait la mer, la mer éblouissante et une frêle embarcation.

N’avait-elle pas failli le noyer déjà l’an dernier ? Ils étaient partis en voyage itinérant du côté de la Chalcidique. Il avait tout planifié, tout prévu, tout calculé. Et les vacances se déroulaient à merveille. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle cherche à jouer aux explorateurs ? Arrivés dans un port idyllique où il aurait fait bon prendre son temps, siroter un café frappé et déguster une bonne pâtisserie locale, elle s’était littéralement émerveillée devant une rangée d’esquifs surmontés d’une petite bâche. Sur une pancarte on lisait : « Location à la journée ». Elle lui avait glissé un regard entendu, mais lui aussitôt s’était récrié : « Ah non alors ! Ce sont des barques à noyer les touristes ! » Puis elle était revenue à la charge et, finalement, ils avaient traversé l’anse pour atteindre les îlots d’en face. Après avoir caboté tant bien que mal, un vent s’était levé vers l’après-midi, un vent menaçant. Du bord de l’eau, un pêcheur leur avait fait comprendre, avec force gestes, qu’ils avaient intérêt à repartir au plus vite et à mettre le cap sur un amas de gros rochers plein sud. Cette fois, il avait pris le gouvernail. L’embarcation se tenait à grand peine sur les flots et, une vague sur deux, les hélices tournaient à vide, comme un mixer en folie. Ce jour-là, il l’aurait volontiers réduite en bouillie…

A présent, les cigales crissaient. Leur chant s’amplifiait et retentissait d’un point à l’autre de l’horizon. Il longea deux ou trois ruches et, instinctivement, allongea le pas. La sueur avait coulé jusqu’à ses sourcils et, par moments, l’aveuglait. Mais comment peut-on vivre dans ce trou perdu ? Décidément la situation n’est pas tout miel pour moi. Qui me dit d’ailleurs que je trouverai quelqu’un à l’arrivée ? Et si je crie dans le désert ? Espérons qu’on va m’ouvrir la porte, me parler. Et si l’homme tourne les talons ? Et s’il fait mine d’aller chercher quelque chose et revient les mains vides ? Zut alors ! C’est encore moi qui dois aller frapper chez des inconnus… Oh ! Cette chaleur, cet air qui tremble comme de la gélatine, on dirait un mirage. « Pardon, monsieur, auriez-vous un cric par hasard ?... Comment ? Vous n’avez pas compris ? C’est un cric, monsieur, qu’il me faut. Un cric, CRI-CRI-CRI !»

Il franchit les derniers mètres à la course, il cogne à la porte. Un pas furtif se fait entendre, la porte s’ouvre : des yeux innocents et un sourire à fossettes ! Il bondit comme un ressort et lui assène un direct du droit, suivi d’un uppercut bien placé. Elle s’effondre… sans un cri.


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L'abri carapace

Message par Garance le Jeu 5 Jan - 18:06

Une histoire jeunesse qui n'a pas trouvé d'éditeur, je l'ai écrite début septembre.
J'espère l'avoir postée au bon endroit.


L’abri carapace


Les musaraignes sont parties à la recherche d’une nouvelle maison.

Elles ont dû fuir la vie de château et les araignées en abondance.
Elles ont été expulsées de leur refuge. La menace vient des humains qui ont déjà capturé leurs grands-parents.
Elles sont parties de nuit, le sac sur le dos.
Il y a papa Musaraigne, maman Musaraigne et leurs deux enfants :
Mamusette, la fille est une coquine qui s’habille en violine,
Micmollet, le garçon est un coquet, un brin taquin.

Elles sont parties de nuit, le sac sur le dos.

Elles ont marché toute la nuit.

Quand le soleil au matin se lève, les enfants très fatigués ne veulent plus avancer.
- Allons-nous reposer dans ce jardin abandonné ! dit Papa Musaraigne
Ils passent le portail de bois entr’ouvert et trottinent parmi les herbes hautes sans savoir où ils vont. Micmollet repère bientôt un caillou qu’il escalade immédiatement. Arrivé au sommet il s’écrie :
- Je suis le gardien en haut de sa tour, je vois par-dessus l’océan vert !
- Descends donc avant de nous faire remarquer, tu es sur le dos d’une tortue ! lui signale son père.
Micmollet se laisse glisser à terre, fait le tour de la carapace, regarde par les ouvertures, se tortille les moustaches et dit :
-Y’a personne là-dedans papa, la carapace est vide ! C’est super, je découvre que les tortues ont une colonne vertébrale !
Alors Monsieur Musaraigne rentre avec prudence dans la coque abandonnée....
Il en ressort avec le sourire et annonce :
- Vous pouvez entrer, l’intérieur est propre, ce n’est même pas humide. Fiston, tu as trouvé l’abri parfait pour la sieste de la journée !
Quelques instants plus tard les quatre musaraignes se blottissent les unes contre les autres sur une couchette douillette que Madame Musaraigne a installée.
Comme il fait bon se reposer après une si longue marche !

Le soir venu un museau vient fureter aux ouvertures de l’abri ; ce n’est qu’un hérisson curieux.
Monsieur Musaraigne s’assure que l’animal ne cherche pas de nourriture. Mais non, il a déjà fait bombance, et ne souhaite qu’un peu de compagnie.
Papa Musaraigne qui ne veut plus partir sur les routes sans toit, a une idée géniale : il demande au hérisson s’il serait d’accord pour tracter la carapace jusqu’à ce qu’il découvre un village de rongeurs où lui et sa famille pourront vivre en paix.
Le hérisson accepte, il promet même d’être prudent ; il ne marchera que sur le bas côté de la route, et ne la traversera jamais.
Alors Monsieur Musaraigne sort ses outils et installe un système de roues en bois sous la carapace, ensuite il bricole un harnais et il attèle le hérisson.
Les voilà partis, et c’est un bien curieux attelage qui prend la route ce deuxième soir !
Les souris sédentaires accourent, les rires et les quolibets fusent…en entendant les cris, tous les rongeurs du coin sortent de leurs maisons et s’attroupent autour du hérisson et de la famille Musaraigne.

- Venez-voir les gitans !
- Ce sont des gitans qui passent !
- Regardez la petite fille en jupe violine !
- Eh ! Esméralda t’as une belle roulotte ! Tu nous la fais visiter ?
Mamusette devient toute rose et répond :
- Ce n’est pas une roulotte, mais une carapavane ! et elle fait mine de danser le flamenco.
Les badauds lancent alors des noisettes sur les musaraignes. Micmolet en colère renvoie les projectiles par de belles reprises de volées – Faut pas croire, il s’entraîne au foot avec son papa ! Du coup, afin d’éviter les tirs en retour en pleine figure, les souris reculent laissant plus de place pour le passage du hérisson.
L’ami de la famille a marché toute la nuit jusqu’à ce qu’il arrive, au petit matin, aux abords d’une décharge municipale.
- Nous allons passer le jour ici, et j’irai m’approvisionner en nourriture, je trouverai bien quelques insectes, dit papa Musaraigne.
Une journée longue et pleine d’angoisses commence alors : des chats errants viennent tourner autour de la carapavane, les camions bennes vont et viennent faisant vibrer l’abri.
Maman se demande toute la journée si le hérisson sera au rendez-vous le soir venu.
Papa est bien revenu, il a échappé aux chats et la famille peut enfin se régaler. Ils mangent assis en cercle, comme des indiens, dans la petite carapace maison. Après le repas, Micmollet caresse son petit ventre rond et dit :
- Je fumerais bien un calumet de la paix avec les chats qui rôdent moi maintenant !
- Eh bien moi, répond Mamusette, puisque tout le monde dit que je suis une gitane, je vais voir dans ma boule de cristal si ces affreux matous auront disparu ce soir ! et elle retourne son verre ; le tenant dans ses mains tendues, elle regarde avec attention au travers …
- Ouiiii ! ils seront tous partis, occupés à courser les souris qui se sont moquées de nous la nuit dernière !
Les musaraignes restent enfermées dans la carapavane jusqu’au début de la nuit…les enfants, le nez aux ouvertures guettent le retour du hérisson.
- Il arrive ! crie tout à coup Micmollet.
Le hérisson n’a pas oublié ses amis. Une promesse est une promesse.

Durant le trajet les enfants refusent de quitter la carapavane, ils préfèrent lire et inventer des histoires plutôt que de se quereller tout le long de la route avec des curieux qui disent n’importe quoi.
Au petit matin, le hérisson est très fatigué.
- Je grimpe jusqu’en haut de cette côte, dit-il, mais je ne pourrai pas aller plus loin !
Au sommet de la colline, papa découvre en contrebas un paysage charmant : une vallée où coule une rivière. Dans les jardins donnant sur le rivage se dressent des maisonnettes toutes plus originales les unes que les autres.
- C’est merveilleux, dit maman, comme la vie doit-être agréable ici ! Allons nous renseigner, il reste peut-être de la place pour nous !
Ils descendent la colline et vont frapper à toutes les portes.
Ils font la connaissance de Madame Taupe, elle habite une maison de terre et leur souhaite la bienvenue en leur offrant un pâté de fourmis.
Dans une maison-talus vit une famille de lapins. Les lapinots proposent immédiatement à Mamusette et Micmollet de jouer à saute-lapin.

Tout au bord de l’eau vit une famille de Ragondins.
- Vous avez eu raison de venir jusqu’ici, dit Monsieur Ragondin, il y a du terrain libre. Demain nous vous aiderons à vous installer. En attendant, nous avons un lit d’amis et c’est avec plaisir que nous vous offrons l’hospitalité.

Le lendemain, maman dessine le plan de la maison en tenant compte des avis de chacun.
Mamusette veut garder la carapace, c’est à partir de cette pièce centrale, qui deviendra un salon où la famille pourra se rassembler et parler tous les soirs, que la maison sera construite. « Ce sera comme le cœur de la maison ». Papa propose que pour accéder aux autres pièces il faudra des marches qui montent ou descendent. Il ne veut pas de portes.
- Où que l’on soit dans la maison on verra l’enfilade des pièces et la lumière passera et jouera avec les murs que nous allons peindre de couleurs éclatantes.
- Oh, ce sera beau ! dit Mamusette rêveuse.
Micmollet veut pouvoir courir tout autour de la maison et souhaite un ponton pour la pêche à la ligne.
- Et un plongeoir aussi ! rajoute Mimolette.
Maman souhaite un toit végétal où pousseront des fleurs, elle aimerait une clôture d’osier tressé autour du jardin, mais papa n’aime pas l’idée de la clôture car il veut une maison ouverte en grand aux amis.
- Ouverte aussi aux méchants ; au renard, à la belette ? s’inquiète Mamusette.
- T’en fais pas sœurette, je suis un pro du tir aux noisettes, s’ils s’approchent ; « Pan ! », je les bombarde et ils décampent.
Dès que le plan est au point, papa Musaraigne se met au travail et avec l’aide des voisins, la plus jolie des petites maisons voit le jour sous l’arbre gardien de la vallée.

La construction terminée, les parents Musaraigne font venir leurs enfants.
- Comment voulez-vous appeler notre maison ? leur demandent-ils.
Les enfants savent épeler des mots plus tendres que des fleurs. Sans hésitation et d’une même voix, ils répondent :

ABRICARAPACE

Ils éclatent de rire et partent pour une ronde ensoleillée tout autour de la maison.

Fin

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Le cri

Message par Garance le Mer 22 Fév - 22:34

Le cri

Qu’est-ce qu’il lui a pris de crier comme ça en pleine rue : Léopold !
Il se rappelle qu’hier, alors qu’il était en centre ville, la brume régnait en maîtresse des lieux, favorisant des comportements débridés de ce genre…
Hier, oui, il en avait gros sur la patate ; son père dans un courrier lui demandait instamment de se mettre en quête d’un nouveau travail. Comme s’il le faisait exprès d’être au chômage, lui, le Bac+5. Lui, qui n’arrête pas d’envoyer CV sur CV aux quatre coins de l’hexagone. Lui, qui ne cesse de faire la chasse aux petits boulots pour joindre les deux bouts d’un budget ultra serré, et qui met un point d’honneur à ne jamais demander le soutien financier de ses parents !
Alors…que le paternel vienne en rajouter par-dessus, non, c’en était trop !
Qu’est-ce qu’ils ont fait d’ailleurs tous ceux de sa génération ?
Quand il recherche dans sa mémoire ce que son père lui a dit sur sa propre jeunesse, une bouffée de colère mêlée d’amertume et de tristesse l’assaille. Cette génération se sera tout permis. D’aller dans des pays lointains, l’Inde, le Népal, destinations qui lui resteront probablement inabordables pendant de longues années encore. De mener une existence de routard, voir de hippie au cours de laquelle la vie pouvait sans cesse se réinventer. Alors que maintenant, dans ce début de troisième millénaire, il s’agit de faire face aux plus dures réalités qui soient : pas de travail, pas de possibilité de se projeter dans quoi que ce soit.
Toutes ces années de Fac pour en arriver là !
Que nous ont-ils légué nos aînés ? Que m’as-tu légué, toi mon père qui t’es souvent enorgueilli, devant ma sœur et moi, d’avoir fait mai 68 ? Que pèsent tes révoltes, tes pseudos engagements face à nos qualifications qui n’ouvrent sur aucun emploi ?
Alors, je t’en prie, aide-moi en ne m’écrivant pas de telles lettres ! Elles ne font que m’enfoncer.
Ainsi, Erwan, 24 ans, soliloque tristement, debout devant sa tasse de café. Il se tient accoudé à l’une des cinq petites tables rondes, haut perchées, qui remplissent l’espace étriqué de la cafétéria où il prend souvent son petit déjeuner, avant de se lancer bravement dans la mêlée urbaine. Ce lieu lui apparaît ce matin comme une métaphore dérisoire de sa vie actuelle : petit, gris, sans espace…Devant lui et derrière la vitre, défilent en groupes incessants des dizaines de gens affairés. Il devine leurs destinations et retarde le moment de se joindre au flot…
Soudain, il repère dans un coin de sa tête comme une musique discrète et prémonitoire qui semble vouloir lui dire quelque chose. Aussi étonnant que cela paraisse, c'est le nom qu'il a lancé avec force la veille en plein brouillard : Léopold !
Entre cet instant dans la cafétéria et la sensation éveillée par le cri, cet appel lancé dans l’épaisseur de la couche brumeuse, Erwan évolue en plein paradoxe. Ce petit noir absorbé machinalement comme un geste basique de sa vie ordinaire, et ce cri comme un déclic qui a réveillé en lui un mouvement ignoré, semblent être deux choix posés sur les plateaux d’une balance Roberval. Mais pourquoi est-il revenu ici ? Qu’attend-t-il de ce lieu où le noir de son esprit se mêle à l’amertume de son expresso ?
Il n’a rien à faire sur ce plateau, sa vie doit changer de décor et la clef est dans ce cri, oui la clef est dans ce cri. Mais que pèse un cri dans l’air saturé d’eau pour construire une vie ?
Le monde extérieur est le reflet de notre monde intérieur, c’est pour cela qu’il se sentait en osmose au cœur du nuage ; sa personne brumeuse baignait comme un poisson dans l’atmosphère de cette soirée automnale. Il s’est passé quelque chose, un truc comme un lâché prise sans doute. Il aime bien l’idée du lâché prise qui le rassure, alors que l’hypothèse d’une perte de contrôle l’affolerait.
Hier, après des démarches infructueuses, Erwan rentrait chez lui, ignorant les personnes qu’il croisait dans la brume, il en voulait à son père qui lui mettait tant la pression...sa révolte, la même que lorsqu’il était ado, ressurgissait et il se souvint des paroles de son orthophoniste, qui lui disait alors qu’il ne pouvait juger à l’aune d’aujourd’hui les actes des générations qui nous ont précédés. Chacun doit faire face et trouver des réponses aux nécessités et aux contingences de son époque.
Des réponses…il aimerait pouvoir en trouver ! Il se contenterait du bout du nez d’un semblant de réponse. Mais rien…il se sent coincé, quand il n’éprouve pas un sentiment de tiraillement. Ses aspirations végètent. Toute initiative est bloquée et le mouvement lié à l’énergie de la jeunesse s’enraille. À quoi sert la jeunesse dans un monde où elle n’a pas d’espace pour agir ?
Erwan sentait que les sons, comme dans un cauchemar, ne passeraient plus la barrière de ses cordes vocales bétonnées.
Il lui fallait faire quelque chose !
Il pressa le pas, mais le son poussait le mur de la foule, déformait la toile du brouillard…il voulait percer…il aurait pu crier « Ha !… », mais c’est « Léopold ! » qui est sorti.
Erwan en fut si surpris qu’un irrépressible fou rire succéda au jaillissement du cri. Il avait fait sauter le bouchon d’une bouteille, et toute la pression qui en lui s’était accumulée se libérait d’un coup. Son diaphragme par le rire brassait l’air de ses poumons et massait son abdomen ; une onde de joie le parcourait et semblait ne plus pouvoir s’arrêter.
Bon sang, quel soulagement de parvenir à rire !

Vers 18H. , Erwan rentré chez lui, une petite chambre située au cinquième étage d’un immeuble du vieux Rennes, médite devant un livre de Paasilina. Ah ce romancier finlandais quel conteur ! Mais bien plus que les personnages et les situations hilarantes dans lesquelles ceux-ci sont plongés, c’est surtout ce qui lui est arrivé cet après-midi qui est responsable de la gaieté qui l’habite. Enfin, l’incroyable jusqu’à ce week-end s’est enfin produit ! Il a trouvé un job. Et pas n’importe quoi. Il tient dans les mains, la carte de l’Agence de Voyages : « « International Loisirs » que son Directeur lui a remis au bout d’une petite heure d’entretien. Dès la semaine prochaine, il accompagnera un car de touristes français pour un circuit de Cinq jours à travers l’Espagne. Certes il a menti sur ses capacités réelles à manier la langue, mais avec un peu d’entraînement, un CD de pratique de l’Espagnol, et ses souvenirs de Fac en la matière, il devrait pouvoir tenir son rôle. De plus pour ce premier trajet, il ne sera pas seul. Il sera le second d’un animateur chevronné.
Finis les ennuis d’argent récurrents, les mini-emprunts effectués auprès de parents toujours prêts à vous apporter leur soutien, mais aussi tellement ennuyeux par leurs maladive manie de lui donner des conseils… Et du coup, il peut à nouveau envisager de se déplacer avec sa voiture qu’il n’osait plus prendre à cause des tarifs de plus en plus exorbitants pour sa bourse. Il va pouvoir sitôt le voyage vers l’Espagne terminé, rejoindre sa belle et troublante Juliette à Morlaix. Aussi fauchée que lui d’ailleurs. Ah ! Juliette, çà ne fait que trois mois que lors du dernier été, passé à Douarnenez, il l’a rencontrée, et déjà toute une histoire s’est tissée entre eux faite de fils d’essences rares aux effluves printaniers. Comme ses cheveux, ses yeux, sa voix, sa démarche, me plaisent… Enfin Juliette, nous allons pouvoir nous revoir. En même temps qu’il s’attarde sur ses souvenirs, ressurgissent en arrière-plan de son esprit, comme une mélodie qui s’exhalerait d’un ouest africain indéterminé, des sonorités en O… é, O….é qui s’étirent comme si elles se prélassaient dans les sables brulants des bords du Niger, puis se rétractaient comme si elles imitaient les bonds gracieux et fugitifs d’un fennec, et finissaient par former le superbe nom de Léopold. Oui, ce nom vient d’apporter dans sa vie entachée de gris, ce jour-même une véritable libération. Et il se lève de la petite table où il se tenait distraitement depuis son arrivée dans sa chambre. Ses lèvres s’animent, se mettent à fredonner Lé-o-pold sur cet air venu d’ailleurs qui depuis son fou-rire du matin n’a cessé à divers moments de la journée de l’envahir.
Tandis qu’il hausse le ton, jusqu’à chanter à haute voix ce qui pourrait s’apparenter à un hymne de gloire à Léopold, la sonnerie de son portable "Don Giovanni de Mozart" l’arrête. Toujours joyeux, il appuie pour avoir la communication. A l’autre bout du fil, une voix tendue, presque cassée, lui parvient. Il a reconnu l’un de ses meilleurs amis, Guillaume. Immédiatement, il met en salle d’attente sa gaieté débordante, il écoute.
-Salut Erwan, dis-moi, je peux te voir là, j’ai pas la frite, j’voudrais bien te parler, si t’es dispo…
- Ok, on se voit comme d’hab. « Au chat Noir » ?
- Ok, çà marche, merci, t’es chic… bon, je coupe. A toute…

Vingt heures. Assis sur un tabouret de bar en simili cuir noir, Erwan attend son ami. Son euphorie est toujours crochetée au porte-manteau.
« Comment les potes, tout autant que les parents, parviennent-ils à perturber notre équilibre, se demande-t-il. Ma joie est carrément anesthésiée ; les ondes douces de contentement ne parviennent plus à circuler dans mon corps. Tiens, c’est tout pareil que le phénomène quotidiennement observé à la maison : quand ma mère passe devant le poste de radio, il n’y a plus de son, et dès qu’elle s’en éloigne tout rentre dans l’ordre ! »
Là, c’est l’image du visage de Guillaume qui a cet effet « antenne sur patte » sur sa radio mentale. Le ton de la voix, perçu au téléphone, ne laisse rien présager de bon, et cela inquiète d’autant plus Erwan que son ami est d’un tempérament particulièrement calme, toujours à l’écoute des autres. Ce n’est pas un hasard s’il est devenu éducateur, il faut un solide équilibre pour s’occuper de gamins plus ou moins caractériels ou déjà traumatisés par la vie.
Guillaume arrive enfin, mais au lieu d’entrer franchement dans le bar, il semble hésiter à la porte ; il regarde autour de lui d’un air anxieux, comme s’il redoutait d’être suivi, puis il pousse brutalement les deux battants de la porte et se dirige directement vers leur table attitrée.
– Salut ! Il m’arrive un truc de ouf ! Il faut que je t’en parle.
– Ok, je t’écoute.
– Tu te souviens de la gamine perturbée qui m’avait donné tant de fil à retordre quand j’ai pris mes fonctions au centre, il y a trois ans. Et bien figures-toi qu’elle a croisé ma route, soi-disant par hasard, et depuis je ne parviens plus à m’en dépêtrer !
– Je ne vois pas où est le problème !
– Mais elle est barge ! Je ne t’en ai pas parlé avant, mais là ça craint et je suis rudement impliqué. Quand elle ne me harcèle pas, elle me fait suivre par une de ses copines. Elle est paraît-il « raide-dingue » de moi. Bien sûr au début cela m’a amusé, la fille est mignonne et elle est maintenant majeure, alors j’ai pensé qu’une petite distraction serait sans conséquence…Je ne pouvais pas imaginer à quel point elle pouvait dérailler, elle a fait une tentative de TS et j’ai dû la conduire aux urgences. Du coup on m’a pris pour un proche et on m’a refilé des conseils en même temps que des médocs. Comme si c’était à moi de chaperonner cette nana alors que je n’en ai rien à cirer ! Faut que tu me tires de là. Je me suis mis en arrêt de maladie, mais ce n’est pas suffisant, il faut que je disparaisse de chez moi. Tu permets que je vienne crécher chez toi le temps de me faire oublier ? Elle ne connait pas ton adresse.
– Pas de problème pour quelques jours, mais je dois m’absenter, j’ai trouvé un job et durant mon absence mes parents ont l’intention de retaper l’appart.
Recevoir son copain, qui parle couramment l’espagnol, peut lui être utile. Erwan a conscience de se soucier plus de ses intérêts que des déconvenues de son ami, il est loin de compatir car il ignore combien il est difficile de prendre ses distances avec une personne bipolaire.
« Eh Oh Lé Oh Pold Pold Pold… ». Une idée vient de germer dans la tête d’Erwan :
- Mais au fait, ça ne te tenterait pas un petit voyage en Espagne !
C’est dit, et ma foi cette perspective réjouit Erwan. Son ami et lui, sous la douceur Andalouse retrouveront leur complicité, et le séjour promet d’être franchement joyeux. Bien sûr la contrainte du rôle qu’Erwan devra assurer mettra de la distance entre les deux amis, par moments en tout cas ; l’un sera touriste et l’autre accompagnateur, mais d’après le contrat, on ne lui imposera pas une présence de 24 heures sur 24 auprès des voyageurs ! Il aura du temps libre. De plus Guillaume l’aidera à dépasser ce blocage qu’il croit avoir face à l’espagnol, alors qu’il manque seulement de pratique depuis quelques années. Toutes ses inquiétudes fondent comme neige au soleil ! Erwan éprouve le sentiment de vivre une métamorphose, lui l’anxieux, limite looser, devient le soutien de son ami à qui la vie jusqu’à présent avait toujours souri !
Il constate un dynamisme inversé, en quelque sorte, que le cri « Léopold» a sans doute provoqué. Cet appel venu d’on ne sait où promet de le conduire vers son destin.
À partir de maintenant Erwan a le sentiment que les choses ne peuvent que rouler, et bien rouler. Il ne lui reste plus qu’à préparer son sac à dos et à attendre quelques jours avant de découvrir ce que la vie lui réserve !
Il refile à son ami le nom de l’agence ainsi que la date du voyage organisé, Guillaume promet de s’y rendre dès le lendemain…

Samedi après-midi, quelques jours se sont écoulés depuis la conversation entre les deux amis. Mais aujourd’hui, c’est un tout autre Erwan qui se promène dans le parc du centre-ville ; sa silhouette perdue dans la foule semble battue par les lames des promeneurs qui entrecroisent leurs pas autour de lui. Ils sont venus là pour respirer un peu de nature exotique, un peu d’air revigorant dû aux nombreux et grands spécimens d’arbres qui le peuplent. Erwan, avise une chaise et s’affale dessus.
Ce matin aurait dû être celui du grand départ en Espagne, du grand début dans une nouvelle vie. Patatras, lorsqu’il s’est présenté sur le lieu du départ du car, et alors qu’il se trouvait sur place une bonne demi-heure avant, il a reçu un texto sur son portable qui l’a littéralement
assis pour le reste de la journée. « Votre ami Guillaume, nous a expliqué l’impossibilité dans laquelle vous étiez d’entreprendre ce voyage à notre service. Devant le fait accompli, et compte tenu de l’excellente pratique de l’espagnol de votre ami, nous avons
décidé de l’engager à votre place. Veuillez accepter avec nos regrets, l’expression de nos…. »
Depuis ce matin, il n’arrête pas de se repasser le texto dans sa tête, ni de repenser aux moments vécus avec Guillaume depuis que ce dernier a emménagé chez lui. Non, il a beau chercher, rien dans le comportement du traître, ne pouvait laisser présager une telle fourberie. Il en arrive à maudire ce soi-disant ami qui s’est conduit avec lui de si mauvaise manière.
Ah le salopard ! et dire qu’il m’a imploré pour que je l’écoute ce soir-là ! non seulement j’ai accepté de l’héberger, mais en plus je lui ai proposé de venir dans ce voyage de merde ! Mais quel pervers ! je lui ai offert sur un plateau le moyen d’échapper à cette barge de nana !
Erwan rumine, vomit sa rancœur et à la minute suivante il se maudit lui-même pour son indécrottable candeur. Dans quel monde est-ce que nous vivons si les amis nous sabordent alors qu’ils savent que nous sommes déjà dans une situation peu enviable. Il a un boulot, lui, depuis déjà deux ans… rien à voir avec ce que j’ai traversé durant la même période…
Il ne peut empêcher la colère de le gagner, lui qui se plaignait depuis quelques heures du cours des choses, ressassant des idées les plus noires, alignant les unes après les autres la liste de ses incompétences, le voilà qui mû par le courroux, se lève d’un bond. Ah ! il va voir ! quand il reviendra j’aurai fait changer la serrure et fichu toutes ses affaires dehors !
Il presse le pas, court presque. Son corps se met à tanguer sous l’effet de pensées plus ou moins tues, plus ou moins éructées. Il maugrée tout en se dirigeant vers sa mansarde, il balaie
d’un grand coup de pied le moindre obstacle venu se placer sur sa trajectoire, lance des regards furibonds aux passants qui le croisent. Soudain son portable sonne quelque part dans l’une de ses nombreuses poches. Lorsqu’enfin il saisit l’engin, il le fait d’un geste si brusque que l’appareil lui échappe des doigts et s’en va fuyant devant lui, tel un palet de hockey sur glace. Incroyable comme la petite boite noire file sur l’asphalte, incroyable comment Erwan cherche à la rattraper. Il arrive au coin d’une rue et doit ralentir le pas, là, il se retrouve pratiquement nez à nez avec une jeune femme qui lui tend son portable. Elle a les cheveux courts et châtain clairs, les yeux sont à la fois rieurs et attentifs :
– C’est à vous ce portable ?
– Oui
– Heureusement que je l’ai vu à temps, j’allais marcher dessus.
– Merci. Après tout ce qui m’est arrivé aujourd’hui, çà ne m’aurait pas plu.

Les yeux de cette fille sont vraiment habités par une incroyable aura de gaieté, teintés d’une
pointe de malice. Bien que d’habitude il se trouve plutôt intimidé dans ce genre de rencontre,
il se sent soudain une envie irrésistible d’aller plus loin… « Voyons, où pourrais-je l’inviter à cette heure ? Oui, chez « Ramon », l’Andalou ».
– Dîtes-moi, j’ai bien envie de vous remercier pour votre intervention, si vous aimez écouter de la bonne musique, je connais un café très sympa. Vous aimez Luz Casal ?
– Je ne connais pas.
– Alors je vous y emmène, c’est comment votre prénom ? Moi c’est Erwan.
– Et moi… Léopoldine.
– Co…comment ? Et il s’arrête un instant, les yeux exorbités, puis il se sent gagné par une hilarité grandissante. Devant l’air interloqué de la jeune fille, il réussit à lui dire entre deux fous rires :
– Oh, c’est extraordinaire votre prénom, venez, il faut que je vous raconte…

FIN


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Drôle de mouture

Message par plumovan le Sam 17 Mar - 22:57

Le moulin avait toujours exercé sur moi une indicible attirance, mais de là à y aller deux fois dans la même journée...
Au cœur de l'été, à l'heure où les plages sont bondées, nous avions trouvé avec une amie une trouée de verdure où conduire et séduire les enfants. C'était soit la cascade et ses eaux bouillonnantes qui formaient bassin, soit un peu plus bas une anse près du vieux moulin où le cours serpente, plus sage, à l'ombre des platanes.
Aujourd'hui encore, nos deux filles et son petit garçon avaient joué et pataugé à loisir, recueilli quelques têtards qu'ils avaient relâchés dans les eaux vives et construit des moulins à leur façon. Une tige de lauriers-roses qu'on incise sur quelques centimètres et dans laquelle on glisse des feuilles découpées en guise de pales.
Le souvenir tournoyait encore dans mon esprit quand le téléphone sonna. La fille d'Irène, la petite Marie, venait de se rendre compte qu'elle avait oublié son appareil dentaire au bord du ruisseau. Il était urgent d'y retourner.
Le petit Serge avait insisté pour suivre sa mère. Nous prîmes donc, tous trois, le sentier encaissé qui menait à la rivière. Comme à son habitude, elle s'alarmait de tout ce qui touchait ses enfants et imaginait le pire. Le danger se loge souvent là où on l'attend le moins .
L'heure avançait et le petit Serge ne me lâchait pas la main. Je sentais ses doigts crispés et la voix d'Irène qui, par endroits, déraillait. Mais je tentais de la rassurer. Dans le chemin aux ornières, les pierres roulaient sous nos pas et nous gardions le silence. Nous n'avions qu'une hâte : arriver au petit pont où Marie avait, à l'heure du goûter, laissé l'appareil dans sa boîte sur une roche plate. Nous coupâmes à travers les herbes hautes. Les ombres s'allongeaient et les fûts des arbres se rapprochaient. Mais une fois au bord de l'eau, force fut de constater que l'appareil avait disparu. Irène me jeta un regard effaré.
- C'est peut-être un coup des satanistes, lança le petit Serge, qui attrapait toujours au vol les paroles des grands.
Où courir ? Où ne pas courir ? Nous examinions les galets du bord quand ses yeux tombèrent sur une boucle d'oreille gris-gris qu'il reconnut. Elle appartenait à sa sœur, c'est sûr. Une boucle avec ses trois plumes de pintade.
Alors, nous reprîmes le cours du ruisseau en sens inverse. L'eau avait changé de couleur il est vrai et, par endroits, le feuillage miroitait curieusement. Le soir tombait, une brume s'installa au ras de l'eau, épousant les méandres de la rivière. La silhouette du moulin nous guidait où nous reprîmes l'exploration de plus belle. Serge pleurnichait, il n'avait plus la force de suivre. Levant les yeux, je vis, clairement gravée sur la façade, la date 666. Un vol de corbeaux s'échappa et nous eûmes juste le temps de nous réfugier dans le moulin qui craquait de toutes ses ailes. Nos yeux ne s'étaient pas plus tôt habitués à l'obscurité que le petit Serge disparut, comme happé par la brume. Avait-il voulu suivre les pierres-diamants qu'ils avaient semées l'après-midi, comme autant de cailloux du Petit Poucet ? Nous l'appelâmes, éperdues, mais nos voix, à peine sorties, se feutraient, nous laissant désemparées. L'espace pouvait-il l'avoir englouti ?
Nous courûmes jusqu'à l'anse où tournoyaient encore les moulins que les enfants avaient dressés quand nous aperçûmes, flottant entre deux eaux, un têtard monstrueux qui avait toutes les caractéristiques de Serge. Son petit nez retroussé et ses grands yeux étonnés. Puis les ombres de la nuit s'abattirent subitement. Nous entrâmes dans le goulot d'une étrange bouteille aux odeurs de marécages et de carnage.

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L'écaille chinée

Message par plumovan le Mar 27 Mar - 9:51

La première fois que je l'ai vu, ce fut comme un rai de lumière qui traversait la garrigue. Cheveux follets, lunettes cerclées. Il semblait pressé et se dirigeait vers le sommet de la colline.

J'étais venue changer d'air quelques jours dans cette belle région et le changement avait été pour le moins brutal. Au lieu de mon crachin natal, c'était une vague de chaleur sans précédent, empestée de moustiques. J'avais déniché un gîte, mais le corps de l'ancienne demeure étant en travaux, la logeuse m'avait proposé de m'installer dans la tour. Une chambre touffue, parsemée de livres en désordre.

La deuxième fois, j'étais partie implorer un peu de fraîcheur dans une magnanerie. De salle en salle, je m'étais absorbée dans la curieuse métamorphose des vers à soie. Ils n'en finissaient pas de pulluler, de s’arrondir, de se recroqueviller dans leurs mystérieux cocons et de s'extirper de leur gaine à grand peine. Ils en sortaient d'abord tout pâlots, non sans avoir signé d'une traînée de sang leurs cocons aux couleurs pastel. Attentive aux propos de la guide, j'avais tout juste remarqué les touristes piétinant autour d'elle comme des chenilles processionnaires. « La région était autrefois plantée de mûriers ». Tous tournèrent la tête vers la fenêtre qui donnait sur la montagne et je le reconnus aussitôt à ses yeux doux et à sa barbiche. Près de lui se tenait une silhouette familière qui me plongea dans le trouble. Vaste front, moustache serrée. J'essayais de comprendre s'ils se connaissaient quand ce dernier me fixa de ses grands yeux d'amadou. Je sentis comme une boule de feu me traverser la moelle épinière.
Dans la boutique aux souvenirs, le premier resta longtemps à caresser les écharpes de soie. Le deuxième lança une question dans un français rocailleux. « Il y a des ennemis pour les vers à soie dans la nature? » Et la réponse me parvenant par bribes, j'imaginai une cohorte de fourmis rouges ou une volée de rouges-gorges. Le temps de passer me rafraîchir dans la salle d'eau, les visiteurs s'étaient volatilisés.

Ah ! me soustraire aux rayons torrides ! et surtout quitter mes sandales qui collaient à mes orteils ! je pris le parti de rentrer et de me replonger dans mes lectures.

Un brouhaha dans la salle du bas retint toute mon attention et je poussai la porte. Des courtisans se trouvaient assemblés dans une insolite mascarade. Le vin coulait à flots. Je me faufilai parmi les musiciens et les bouffons, tous masqués pour un bal voluptueux et poursuivis mon exploration. Une enfilade de salles s'ouvraient, plus majestueuses l'une que l'autre. Elles étaient tortillées en tous sens et tendues de couleurs différentes: blanche, jaune clair, orangé, violette, jusqu'à la septième qui était noire aux carreaux rouge sang. Les courtisans s'aventuraient à danser, mais peu allaient jusqu'à la dernière. Toutes les heures, une pendule lançait des stridulations monotones qui vrillaient le tympan et les nerfs. Danseurs et musiciens, tous pâlots, marquaient alors une pause troublée, puis les rires fusaient à nouveau, les contorsions reprenaient de plus belle jusqu'au moment où les silhouettes se figeaient en statues. Sur le coup de minuit, un frémissement parcourut les plus valeureux. Il s'était glissé parmi les joyeux convives un squelette au masque rouge serré dans un suaire froid. Un hibou émit des ululements sinistres. La sueur goutta sur ma nuque.
Mes yeux se mirent à papillonner, j'avais sur tout le corps de belles striures oranges et noires.


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Un chassé-croisé

Message par plumovan le Lun 23 Avr - 21:58

Le soir en rentrant du travail, il avait pris l'habitude de flâner. Il se laissait guider par l'instinct du moment. Suivre le cours du fleuve, longer ses ponts pittoresques.
Devant la boutique de maquettes, il s'arrêta longuement pour admirer les corvettes. Il se rappela le goût pétillant du cours sur les grandes explorations. Puis le sentiment de dépit qui avait suivi : il ne resterait plus rien à découvrir quand il serait grand...
Il se fit dépasser par deux surfeurs, venus rejoindre l'aire de planches à roulettes. Sur un banc à l'écart, il suivit leurs prouesses. Une bande de jeunes s'élançaient et sautaient sur les structures aménagées dans un bruit qui finit par le troubler.
Il n'était pas sans lui rappeler le crissement désespéré quand la voiture de son père avait été heurtée de front par un véhicule incontrôlé. La ceinture et l'airbag les avaient sauvés tous deux. Ils pouvaient se réjouir d’être survivants. La sueur perlait à son front, des morceaux de pare-brise lui avaient constellé la joue et un éclat s'était logé dans l'artère du cou. Il saignait abondamment. Il avait fallu le transporter aux urgences. A l’hôpital, il s’était recroquevillé dans son premier souvenir d'enfant. Sa mère dans l'encadrement de la porte rayonnait de bonheur. Son père, un genou au sol, faisait rouler le camion que lui avait offert sa marraine. Et lui, en culottes courtes, renvoyait l'engin que sa menotte avait peine à contenir, puis applaudissait. Le médecin, confiant, avait prévu sa sortie pour deux jours plus tard et ses parents s'empressaient à son chevet. Mais leur sollicitude semblait cacher quelque chose. Une ombre de doute planait entre leurs sourcils. Peu à peu, à la maison, des bribes l'avaient mis sur la piste. Il se sentait comme un intrus. Ses parents avaient fini par lui avouer. Les analyses avaient révélé qu'il n’était pas leur fils. Il se souvient des insomnies de ses parents et de leurs recherches. Puis l'affaire avait paru dans les journaux, prenant de nouvelles dimensions. A la naissance, leur bébé avait dû être placé sous rayons suite à un ictère et il y avait eu inversion. Que penser de toutes ces salades ? La rencontre avec sa mère biologique et son alter Ego n'avait fait qu’ébranler son identité. Elle resterait sans suite. Il s'était passé aussi trop de temps pour songer à un recours. De son côté, il avait mené son enquête. Comme un fin limier, il avait dépisté la femme qui avait commis l'irréparable. Une mégère acajou que le temps avait recroquevillée.
La famille s’était ressoudée, et surtout il avait découvert sa voie: il jetterait des ponts, des viaducs pour relier les rives. On le ferait venir de loin pour établir des liens.
Le vent se mit à fraîchir, les passants faisaient crépiter les feuilles mortes. Le crépuscule et le fleuve l'apaisaient. Il descendit les marches, tout en laissant glisser ses mains le long du parapet de pierre. Au passage, l'une d'elles trembla comme descellée. Il la palpa, elle était lourde et, curieusement, avait la forme d'un cœur. Il la glissa précieusement dans sa besace qui lui plomba l'épaule.
Soudain il l’aperçut. Il reconnut sa démarche saccadée, sa mèche en visière. Elle avançait seule, serrant contre elle son cabas, les doigts crochetés sur la bride. Il pressa le pas, mû par une curiosité magnétique ou guidé par une secrète prophétie. A sa hauteur, il se défit de sa besace, la lui passa au cou en médaille de baptême et la précipita dans un tourbillon du fleuve.

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